Chaud froid
Nouvelle inspirée par une toile de Gianni Notarianni
Durée: 4 min 36″
© Dans tous les sens
Chaud froid
Nos pas craquent en s’enfonçant dans la couche blanche et croustillante qui tapisse les bois. Cela cisaille doucement ce silence lourd et apaisant si propre aux scènes enneigées. C’est la troisième fois qu’on se rencontre depuis début janvier. Et la chaste distance de la première fois n’a jamais cédé. Notre amour partagé de nature et de paix nous a amenés à ton initiative dans cette forêt de montagne, dont nous foulons le sol immaculé depuis bientôt une heure.
Le rythme, celui des paroles et des pas, s’est imposé fluidement entre nous, entente tacite et absolue. Ta silhouette, dans la parka beige qui te protège, s’inscrit en parallèle des troncs se détachant sur le fond laiteux du paysage. Leurs ombres portées zèbrent doucement notre promenade. Cà et là des gouttes de neige fondue choient des branches, pour venir créer des chemins de petits trous dans la neige au pied des arbres. Des taches de vert sont dessinées le long des conifères, empêchant ainsi toute monotonie dans cet alignement vertical de bois.
Je t’entends respirer et cela m’émeut. Comme ce petit nuage qui sort de ta bouche quand sa chaleur rencontre la fraîcheur de l’air. Cela m’émeut. Comme quand parfois ton pied s’enfonce dans un endroit de neige plus molle et que tout ton corps rétablit l’équilibre. Comme quand tu te retournes par moment et que tu me souris. Cela m’émeut.
En haut d’une côte, nous nous arrêtons ensemble, sans nous être concertés, pour contempler la vallée qui étend son ruban blanc vert et brun devant nous. Nous restons un long moment dans cette béate contemplation immobile. Et la joie que nous en retirons chacun se joue assurément dans une gamme commune.
Tu as enlevé l’un de tes gants. Ta paume semble brûlante qui se pose contre ma joue fraîche. De ce geste, tu viens de faire voler en éclats la distance qui tenait nos corps éloignés jusqu’alors. Mon nez gelé vient couvrir de frissons ton cou qu’il renifle et embrasse avec passion, après avoir repoussé la douceur de ton écharpe pour se frayer un chemin vers ta peau. Nos bouches se trouvent avec avidité, dans une explosion de vapeur et de leurs gouts qu’elles étrennent.
Tes pieds, qui avaient dans la marche si bien retrouvé l’équilibre quand il le fallait, s’effacent sous le poids de nos envies et nous voilà couchés dans la neige. Des flocons s’invitent à la fête, tandis que nos mains vont à la découverte pressante du corps de l’autre. La chaleur et le froid mènent une danse endiablée, chorégraphiée par les désirs qui nous essoufflent plus encore que la balade qui a précédé.
La neige se tasse sous nos deux corps qui s’unissent pour lutter contre le froid et donner enfin libre cours aux idées que nos imaginations avaient fomentées durant l’effort. Tes fesses gelées sous mes mains chaudes… Mes seins durcis par l’effet conjoint de la température et de l’excitation procurée par tes caresses…La brûlure sublime de nos sexes qui s’unissent…
Autour de nous, la forêt d’hiver offre son abri imperturbable, comme une parenthèse éternelle que le ballet de nos bassins ne peut pas même faire sourciller. Nos orgasmes se font intenses, mais silencieux pour ne pas troubler la quiétude des bois. Une gros paquet de neige se détache d’une branche au-dessus de nous et nous éclabousse. Nous rions…
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