Échafaudage
La première fois Louis avait cru au hasard….
Il n’avait eu affaire qu’à Monsieur jusqu’alors. C’est en effet ce dernier qui l’avait contacté suite au dépôt de sa carte de visite dans toutes les boîtes aux lettres de la rue. La façade de la maison était encore en très bon état. Mais Louis sentit tout de suite que Monsieur avait besoin que tout soit parfait, et ce d’autant plus que son bien était exposé à la vue d’autrui.
Quelques appels et une visite préalable les avaient fait tomber d’accord, sur la teneur des travaux et sur le coût de ces derniers. Monsieur savait ce qu’il voulait. Louis aussi. Les négociations avaient été rapides et concluantes. Chacun s’y retrouvait. Et ce matin, le peintre avait entamé le montage de son échafaudage. Il aimait travailler seul, être l’unique maître à bord de son chantier. La maison comptait deux étages. La façade de crépis beige était ornée de trois balcons joliment ouvragés. Le tout allait être rafraîchi grâce au talent de Louis.
Ce dernier avait croisé Monsieur en coup de vent ce matin, qui se rendait à son bureau dans un superbe costume gris très bien taillé. Louis se pensait donc seul dans la propriété. Quand il arriva à la hauteur du balcon de gauche du premier étage, il glissa un coup d’œil rapide dans la maison, dont il n’avait visité que le rez-de-chaussée. La pièce était apparemment un bureau à la décoration sobre mais luxueuse.
Louis avait progressé dans son montage jusqu’à l’autre balcon du premier. Un nouveau coup d’œil à l’intérieur lui réserva cette fois-ci une surprise qui lui fit opérer un vif retranchement sur la passerelle de métal. Derrière la fenêtre, une femme sortait d’une baignoire trônant au milieu d’une superbe chambre à coucher. Nue bien évidement. Louis n’avait plus osé passer sur ce balcon et avait repris sa progression par l’autre côté du bâtiment.
Le reste de la matinée avait été occupé par les travaux préliminaires à la rénovation de la façade. Louis travaillait avec ses écouteurs dans les oreilles, toujours accompagné par Brel, Aznavour ou autres Barbara. Aucun mouvement ni aucun bruit n’avait éveillé son attention depuis l’indiscrète œillade involontaire. Le peintre attaqua la sous-couche avec énergie. Il progressait rapidement. Ses gestes étaient assurés et efficaces. Arrivé au fameux deuxième balcon, il respira un grand coup et enjamba le garde-corps.
Cette fois, la vue qu’on lui offrit n’était assurément pas à mettre au compte du hasard. Madame était juste derrière la fenêtre, dans un déshabillé vaporeux, noué de manière lâche et laissant clairement apparaître la naissance d’une magnifique poitrine. Quand elle vit que Louis était sur le balcon, elle ouvrit plus largement son vêtement et vint écraser ses seins contre la vitre. Le peintre était tétanisé, ne sachant quelle attitude adopter. La situation était aussi gênante qu’excitante. Il resta un long moment comme paralysé. Ce fut Madame qui mit fin à l’arrêt sur image en commençant à se caresser de manière lascive. C’en était trop pour Louis qui quitta le balcon pour se remettre à l’ouvrage, les tempes battantes.
En fin de matinée, l’artisan se retira dans le jardin à l’ombre d’un grand marronnier, avec une bière fraîche sortie de sa glacière et de quoi tordre le cou à la faim qui le tenaillait. Il était confortablement installé contre le tronc de l’arbre centenaire quand il entendit les longues fenêtres de la chambre de Madame s’ouvrir dans un étrange grincement. Cette dernière sortit sur son balcon, toujours dans le même appareil, le regard au loin, comme si elle ne voyait pas Louis. Et pourtant il savait pertinemment qu’elle le savait là.
Elle reprit ces mêmes caresses impudiques, mais Louis ne détourna cette fois pas les yeux. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Il était encore tôt. Monsieur lui avait annoncé son retour pour le début de soirée. L’espace de quelques secondes il fit défiler en lui des arguments de raison, rapidement balayés par des motifs de fort attrait. Alors il se leva. Madame lui proposa de la rejoindre d’un signe de la main.
Il remonta la pelouse qui séparait son arbre du bas de l’échafaudage…
Il l’escalada prestement…le désir de plus en plus impétueux n’entravant pas son habileté à gravir l’entrelacs métallique…
Il enjamba à nouveau la balustrade…le cœur battant à présent plus fort que ses tempes…
Il attrapa Madame contre sa salopette maculée de peinture…
Il la culbuta sur le lit…
Il remonta le déshabillé en haut de ses cuisses…
Il l’escalada prestement…le désir à son apogée dans l’entrelacs des draps…
Il remonta sa salopette…
Il enjamba le garde-corps dans l’autre sens…
Monsieur fut ravi du travail….
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