Description
Maroc
La carnation de sa bouche est très proche du pain d’épices de sa peau et pourtant ses lèvres se détachent précisément de celle-ci. Un ton tendrement plus rose colore ses lèvres au dessin charnu. Une masse de cheveux noirs bouclés encadrent un visage à la perfection parfois presque fermée. Son regard noir me captive dès que j’entre dans le grand salon à la climatisation outrancière.
Je suis là pour quelques jours, loin d’un chez moi qui me pèse. Pour souffler un peu d’un quotidien usant et profiter des rayons d’un soleil qui souvent fait défaut sous nos latitudes. Je voyage seule, chose dont j’ai largement l’habitude. Cela me permet d’apprécier la solitude quand j’en a envie. Et, ayant plutôt le contact facile, cela ne m’empêche pas de rencontrer des gens si l’isolement vient à me lasser.
A une autre époque, ce voyage aurait sans doute été pour moi le prétexte à une pratique systématique de la séduction, dont je serais toutefois ressortie avec ce même manque de confiance qui m’y avait poussée. Mais peu à peu je me suis détachée de ce vain exercice, construisant une forme de sécurité intrinsèque beaucoup plus satisfaisante.
J’avance dans le large et clair salon faisant suite à la réception brillante de ses marbres. Légèrement bronzée et vêtue, je suis vaguement consciente de l’attrait que j’exerce sur les hommes. Je sais aussi que, comme femme voyageant seule, je suis une cible toute destinée pour les dragueurs patentés. Et encore plus pour ceux qui font commerce de la solitude désespérée de certaines, dont je ne suis définitivement pas. Toutefois, une confiance en moi plutôt brinquebalante m’évite de paraître prétentieuse et d’effrayer les hommes par trop d’aplomb.
Je rejoins l’endroit indiqué à mon arrivée comme étant le point de rencontre du seul groupe francophone présent durant cette semaine-là. Soit une petite dizaine de personnes dont mon regard fait un rapide survol. Il y a d’abord deux couples. Le premier me désintéresse immédiatement de par son apparence guindée de nouveaux riches. A l’autre extrême, le second duo constitué est un concentré de beaufisme. A ces deux paires sans intérêt, il faut encore ajouter trois hommes visiblement seuls, et dont la simple apparence peut clairement expliquer la solitude.
Et puis il y a elle. Je le prends d’abord pour une locale, tant son teint mate dénote dans la palette blafarde à rougeaude des sept autres. Mais je me rends rapidement compte qu’elle fait partie intégrante de notre petit groupe, malgré qu’elle ait largement dix ans de moins que nous tous. Elle semble flotter au-dessus des gens, dans ce que je crois d’abord être un mélange de snobisme et de détachement. Je découvrirai plus tard que cette attitude lointaine n’est que le reflet d’un malaise à la hauteur de sa beauté fulgurante.
Je me rends très vite compte que seule elle me donne envie de lui parler et je m’assois au fond du siège-boule en osier à côté du sien. Sa voix grave égrène des mots qu’elle semble prendre du temps à choisir. Très vite, nous nous trouvons des atomes crochus dans la musique classique. Et la conversation glisse ainsi de longues minutes, dans une profondeur rapide et totalement incongrue dans ce hall bondé de touristes en mal de fun.
Le guide emmène notre groupuscule manger dans un restaurant n’ayant de typique que l’appellation. Les autres convives sont rassurés d’y trouver leur bifteck-frites transitionnel. La sublime chipote, l’estomac définitivement trop fragile. Je suis la seule à honorer de ma gourmandise un délicieux plat de courges bien épicées. Le reste du groupe mêle ses rires à des bavardages qui me désintéressent et je me tourne à nouveau vers elle. L’espace d’un instant, notre regard se teinte de la couleur chaude de la séduction, mais très vite nous détournons les yeux, comme surprises de nous-mêmes.
La soirée se poursuit dans un bar animé. Les discussions du groupe peinent encore à me captiver et elle est à nouveau là, juste à côté de moi, toute vêtue de sa dignité lointaine que seule un sourire jocondien éclaire quelque peu. Nous sentons elle et moi souffler à nouveau ce vent de charme qui nous a ébouriffées quelques minutes auparavant. Nous tentons de le dissiper en détaillant les mâles appétissants des alentours, comme si comparer nos goûts en matière d’hommes pouvait tenir éloigné ce que nous devrons bientôt avouer être une folle attirance l’une pour l’autre.
Notre connivence monte d’un cran quand nous unissons nos voix dans un karaoké, relevé par la sensualité chaude d’une chanson de Piaf. Nos épaules nues se touchent alors que nous chantons et nos regards complices ne tardent pas à éveiller la curiosité intéressée des mâles de l’assistance. Durant les jours à venir, nous n’aurons de cesse de jouer de cette troublante proximité et d’en user à des fins provocatrices auprès d’un public masculin aux aguets. Notre duo, formé d’une jeune beauté mate et de ma maturité à la sensualité débordante, ne passe pas inaperçu.
Plus je la regarde, plus mon cerveau pourtant définitivement hétéro se met à élaborer des pensées d’un rapprochement éloquent entre sa bouche et la mienne. Aucun des Marocains pourtant charmants et empressés qui me tournent autour ne parvient à me détourner de la beauté solaire de cette fille. Nous passons le plus clair de notre temps ensemble. Un après-midi, laissant nos affaires au club de planche à voile de notre hôtel, nous oublions le temps, lors d’une longue balade sur la plage, que nous poursuivons par une longue nage contre les vagues de l’océan.
A notre retour, les autres ont embarqué nos vêtements qu’ils ont crus oubliés et ramenés à l’hôtel. Nous pouffons durant tout le chemin de notre retour là-bas, le long d’une route très fréquentée, certaines que notre petite tenue est du pire genre dans ce pays musulman. Ce fou-rire partagé sera sans doute la première pierre de la belle histoire que nous contera la nuit.
Nous sommes samedi soir. Le reste du groupe opte pour une soirée en discothèque qui nous attire peu toutes les deux. Nous dirigeons nos pas vers la plage, non sans avoir au passage excité au moins la curiosité du vigile qui en surveille l’accès par la vue de nos mains unies.
Quand nous sommes hors de sa vue, je passe mon bras sur son épaule dans une proximité encore inédite, et nous déambulons un bon moment sur le sable humide. Des dizaines de transat y sont abandonnés, mais nous choisissons tacitement de ne nous allonger que sur un seul pour deux. Durant de longues minutes, nous restons immobiles, serrées l’une contre l’autre, dans cet espace suspendu entre attente et passage à l’acte. Je sais qu’elle ne fera pas le premier pas. Sa sexualité est balbutiante, son corps mal assumé. Je suis tout le contraire. Alors c’est ma bouche qui efface la distance me séparant de la sienne.
Ce premier baiser, comme tous ceux qui suivront, est d’une douceur tendre, dénué de cette virilité parfois sauvage que j’affectionne pourtant tellement. Je caresse ses joues qu’aucun grain de barbe n’a jamais rendu piquantes. Je passe ma main dans ses longs cheveux noirs aux boucles crépues. Je sens son trouble qui fait écho au mien. Nous repartons, bras dessus bras dessous, jusqu’à sa chambre, qu’elle occupe seule.
Dans une semi-pénombre que nous ne voulons pas déchirer de lumière, nous nous allongeons sur la fraîcheur du drap. Toujours baignée de caresses, je découvre ses seins et lui fait saisir les miens. Sa peau est étrangement moins douce que la mienne, mais dégage un parfum entêtant auquel son émoi n’est pas étranger.
De ses petits seins fermes en passant par le creux de son ventre, mes caresses s’aventurent entre ses jambes. D’une main peu habitué aux sexes féminins, je lui prodigue des montagnes de câlins qui ne lui permettent toutefois pas un accès à un orgasme qui depuis toujours semble se refuser à elle. Je guide ses doigts encore plus timides que les miens vers mon clitoris. Mais la méconnaissance qu’elle a de son propre plaisir entrave celui qu’elle pourrait me donner.
Une sensualité pleine et intense suffit toutefois à donner à ce moment un goût paradisiaque. Elle saupoudrera tous nos contacts jusqu’à notre séparation, quand ses parents viendront la chercher, à l’aéroport de Roissy. Jusque-là, nous exposerons sciemment à la vue de tous les frôlements explicites de nos corps apprivoisés. Ces quelques jours me conforteront dans mon amour de l’homme. Ils participeront sans doute du complexe rapport du sien à toute forme de sexualité…
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