Vernissage
Je pensais que c’était Leila qui m’avait apporté à boire. Mais je n’étais pas sure de ne pas confondre sa voix avec celle d’Adèle. Je n‘étais arrivée que depuis une demi-heure. Et je les avais peu vues avant que nous ne descendions dans l’atelier.
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Jaques me l’avait présentée lors de sa dernière exposition. J’avais été légèrement et étrangement séduite par son énergie, ses cheveux presque rasés qui pourtant n’enlevaient rien à sa féminité. Son crâne avait un arrondi parfait et deux grandes créoles aux couleurs vives encadraient son visage.
Nous avions un peu parlé du travail de Jaques, avec lequel j’entrainais des relations plus horizontales que fondamentales. Mais j’aimais son univers artistique et il avait assurément la langue aussi créative que ses pinceaux. En quittant la galerie, elle m’avait laissé sa carte.
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La techno me semblait encore plus forte qu’à mon arrivée. Sa rythmique avait sur moi un effet hypnotique. Je n’avais qu’à peine trempé deux ou trois fois mes lèvres dans le verre qu’elle me tendait de temps à autre, et pourtant j’étais déjà comme enivrée par tout ce qui faisait cette soirée. La musique, la chaleur humide qui régnait dans l’atelier, l’odeur de peintures et de solvants, le métal de la chaise.
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Quinze jours après ma première rencontre avec cette femme, j’avais été invitée par Jaques à un dinerchez lui, auquel Leila, Adèle, une de ses amies et Vincent, son agent, étaient aussi conviés. Je me réjouissais de ce moment entre gens férus de culture. La soirée s’annonçait vivante et enlevée.
J’avais été la dernière à arriver. Mon hôte et ses trois premiers invités, verres à la main avaient des mines complices, et j’avais eu l’impression d’avoir raté quelque chose.
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Malgré la chaleur de l’atelier chauffé par un vieux poêle en céramique tout barbouillé de peintures, je me sentis frissonner. Tout le monde devait voir mes tétons se durcir. Pourtant je les entendais tous discuter peinture, comme si de rien n’était.
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Jaques m’avait débarrassée de mon manteau tout en coulant une main sur mes fesses et en me glissant à l’oreille que j’allais adorer la soirée. Les présentations à peine faites avec Adèle et Vincent que j’avais déjà entrevu, nous empruntâmes tous les cinq l’étroit escalier qui menait à l’atelier au sous-sol. Jaques en avait refermé la porte comme pour y instaurer un huis-clos.
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Le cuir des lanières sur mes poignets rendait tout mouvement impossible. Je m’étais habituée à la situation avec une rapidité qui m’avait moi-même surprise. Pas par résignation, mais plutôt grâce à une impression excitante de nouveauté et d’interdit. Mes cuisses avaient fini par se détendre, malgré la froideur métallique du siège.
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A peine étions-nous tous entrés que Leila s’était approchée de moi et, sous le regard des autres, elle avait dégrafé ma robe pour la faire glisser au sol. Je restais figée de surprise, mais la chose ne me déplaisait pas. Vincent m’avait bandé les yeux. Puis, d’une voix douce, Adèle m’avait demandé de retirer mes sous-vêtements. Je m’étais exécutée. Enfin, me prenant par les hanches, Jaques m’avait fait assoir au centre de l’atelier. Et il m’avait attaché les poignets aux accoudoirs d’une chaise de jardin en métal gris frappé.
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Puis plus rien. Pendant un moment qui me parut interminable, plus personne ne sembla faire attention à moi. Malgré la musique, je les entendais parler de la dernière toile de Jaques, de la vivacité complexe de ses lignes, du surgissement de ce cœur rouge étonnement pur au milieu de cet imbroglio.
Et puis on avait approché un verre de mes lèvres. Le mélange était fort et capiteux. Jaques avait posé ses lèvres sur les miennes empourprées par l’alcool. Et puis une autre bouche avait baisé la mienne, et puis deux autres encore. Je pensais que c’était Leila qui m’avait apporté à boire. Mais je n’étais pas sure de ne pas confondre sa voix avec celle d’Adèle.
Les discussions avaient cessé. Je les sentais tous autour de moi. Je les avais entendus remuer dans l’atelier et puis plus rien. A présent l’odeur était plus forte. La musique aussi.
La première giclée de peinture sur mes seins me fit pousser un cri. Je sentais à présent cinq pinceaux se promener sur tout mon corps, allant régulièrement recharger leurs poils de matière, pour venir souplement me colorer de leurs caresses humides. Des mains qui semblaient innombrables vinrent ensuite étaler les pigments sur chaque centimètre de ma peau.
De l’eau coula dans le vieil évier derrière moi. Je les entendais plaisanter tandis qu’ils se lavaient les mains. Je les entendais rire tandis que Leila ordonnait à Adèle de l’embrasser. Je les entendais soupirer tandis que Vincent prenait Adèle par les hanches. Je les entendais ahaner tandis que Jaques pénétrait Leila.
Et puis je n’entendis plus rien tandis que sur moi la peinture avait séché….
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