0péra

(3 avis client)

Durée: 5 min 54 sec
© Dans tous les sens
Lien musical: Jean-Philippe Rameau – Les Indes Galantes – Danse du Grand Calumet de la Paix

Catégorie :

Opéra

 


Depuis toujours cette musique nous inspire toi et moi. Combien de fois avons-nous levé le nez de notre livre en même temps, alors que nous lisions tranquillement au salon, dans nos deux confortables fauteuils à oreilles se faisant  face ? Combien de fois la puissance émotionnelle de tel ou tel passage pourtant si souvent écouté a agi comme un signal de ralliement, mystérieux, silencieux mais puissant ?

Quand mon regard croise le tien qui se détache de ta lecture, je suis envahie d’un profond sentiment amoureux, doublé d’un élan phénoménal de tendresse. Nous posons nos ouvrages et je viens m’asseoir sur tes genoux, m’y pelotonnant encore plus confortablement que dans le siège que je viens de quitter. Ton corps entier est un refuge dans lequel je m’abandonne totalement. Dès le premier instant de ce contact souvent répété mais n’ayant rien perdu de son éclat, nos respirations se font plus pleines, plus entières, comme rassérénées par le meilleur des exercices de relaxation.

Nous ne faisons qu’un, unis dans les volutes de la musique, émus ensemble de la puissance des voix, de la beauté des airs. Le volume est réglé de façon à ne pas gêner la lecture. A l’aide de la télécommande, tu l’augmentes pour rendre plus palpable encore la matière des sons et nous emprisonner dans la force de son volume. Les ondes semblent nous traverser comme des caresses. Tu fermes les yeux de plaisir. Je couvre ton visage de baisers au silence soyeux. Nous tressaillons tous les deux quand nos lèvres se frôlent, et plus encore quand ta langue vient chercher la mienne. L’opéra déroule ses mesures parfois tragiques, toujours pleines d’emphase. Nos corps semblent percevoir les indications du chef d’orchestre, se mettant à l’unisson des émotions traduites par l’orchestre et les chanteurs.

Un jour, nous décidons de transposer ces émois de salon en ceux qu’une salle obscure peut procurer. Nous avons de nombreuses fois assisté à des représentations en direct de nos œuvres fétiches, ou d’autres que nous prenons plaisir à découvrir. Toutefois, le public plutôt guindé, la promiscuité et le trop peu d’obscurité fournis par les opéras ne sont pas propices aux expansions sensuelles. Nous saisissons alors la possibilité nouvellement offerte par les cinémas d’y assister à des retransmissions en direct de certaines œuvres. Ce soir-là, ce sont les Indes Galantes qui y sont diffusées. Nous voilà partis pour trois heures quarante de plongée dans la musique de Rameau.

Nous prenons place dans les confortables sièges de velours bleu nuit, la salle étant fort heureusement assez peu pleine. Refusant toujours de céder à l’étiquette classique de la tenue de soirée en vigueur dans un opéra, tu te trouves bien aise de pouvoir venir au cinéma en jeans et t-shirt. J’ai mis une robe simple, une que tu aimes…plus pour te plaire que par un quelconque souci d’élégance. Bien qu’elle soit courte, tu sais bien que je ne porte pas de culotte en dessous. Et il me plait de savoir que tu le sais…

Après les inévitables et trop longues minutes de publicité et autres lancements promotionnels, nous voici presque semblables aux autres spectateurs de cette sublime représentation moderne qui nous ravit de par son audace. Sauf que nous avons sur eux un avantage certain : celui de pouvoir accompagner le plaisir des yeux et des oreilles de celui d’autres parties du corps ô combien plus indispensables à la jouissance totale. Et nous ne tardons pas à en profiter pleinement, dans l’intime obscurité fournie par le cinéma.

Quelques mesures du prologue ont à peine passées que déjà tu glisses ta main entre mes jambes, impliquant au bas de mon corps ces mouvements involontaires que mon excitation génère et qui exacerbent la tienne. Je me laisse caresser un moment, gardant sciemment mes mains sur les accoudoirs afin d’augmenter jusqu’à l’insupportable ton envie d’être touché à ton tour. Nul besoin que tu le réclames. Je sens ton impatience monter au fur et mesure que ton sexe durcit, et je sais très exactement et très instinctivement à quel moment il devient impératif que je le prenne dans ma main. Toi et moi dosons le rythme de nos caresses, qui viennent harmonieusement se calquer sur les mouvements des danseurs évoluant sous nos yeux. Les intensités et les formes en varient, retardant toujours l’explosion finale.

Je jouis plusieurs fois durant les trois premières entrées, accompagnant le Turc généreux, les Incas du Pérou et les fleurs de la fête persane. Ce n’est que durant les Sauvages que, de concert, nous laissons exploser l’entièreté de notre sauvagerie à nous, alors que sur l’écran, les corps épuisés des artistes voient enfin arriver le dénouement de leurs tragiques et sublimes péripéties…

3 avis pour 0péra

  1. gourmeur

    il y a tant des invitations à vivre intensement le moment présent dans la musique classique… belle découverte ce morceau! merci 🙂

  2. Dullaart Rosanna

    Dommage le son au max, c’est encore un peu bas…
    Beau travail néanmoins

  3. Valkyrie

    Une nouvelle magnifiquement comptée qui vous donnera à coup sûr la passion de l’opéra.

Ajouter un Avis

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *